Live Report : Fête de l’Humanité 2007

N’ayant jamais eu l’opportunité de fouler le sol du terrain francilien de la Courneuve, à l’occasion de ma première participation à la Fête de l’Humanité je glanais des informations de toutes parts, du moins, j’essayais. Programmation alléchante, du point de vue local comme international, forfait trois jours fixé à un prix non prohibitif (pour une fois), ainsi que pléthore d’animations et de stands. J’appris que le terrain était immense et relativement excentré, voilà tout…

Vendredi 14 septembre

Lorsque j’émerge enfin des embouteillages de fin de journée dans lesquels ma navette a mariné pendant près de quarante minutes, la tendre lumière que jette le soleil sur les chapiteaux et jeux forains, visibles par delà les kiosques d’entrée, me remet en appétit musical. Une marée de cailloux ainsi que quelques malheureux détours plus tard, j’arrive à la Grande Scène où une foule dispersée sur les versants de la colline terrassée mitoyenne apprécie avec décontraction et collation les sons riches et rythmés de Johnny Clegg entouré de vocalistes et instrumentistes souriants et enjoués. Une belle ouverture pour ce festival qui se veut fraternel et solidaire. En bon supporter de l’ovalie, le sud-africain filera ensuite soutenir les Springboks au Stade de France.

Ce premier concert achevé, je tente une percée dans la foule compacte rassemblée autour des buvettes et arrive juste à temps pour profiter des dernières minutes de la formation parisienne Emklem sur la scène Zebrock. Ambiance électrique assurée par un groupe qui, mené par une Emilie habitée, se vante de faire du rock tendancieux: la performance leur donne raison!

Remise de mes premier sprints musicaux, je prends enfin le temps d’observer mon environnement: un imbroglio de stands citoyens, bars à foison et kiosques ethniques constituent le décor de cette manifestation tentaculaire. La musique n’est pas uniquement là où on l’attend, elle est à la fois omniprésente et accessoire. N’oublions pas que la Fête de l’Humanité est le lieu historique de débats politiques (communisme au XXIème siècle, luttes étrangères, rentrée politique) et de forums sociaux (sport, handicap, solidarité, travail, écologie) et professionnels (pluralisme de la presse).

Lové entre l’Internationale et alcool coulant à flot, je trouve la scène Pays du Nord où Nill Nilotr (prononcé ‘ni l’un ni l’autre’) prouve qu’il n’y a pas que les groupes comme Franz Ferdinand qui sont capables de faire danser les filles. Avec leur savant cocktail d’humour, relevé d’une pointe de jazz manouche et une ribambelle de chorégraphies décomplexantes, il ne fait aucun doute que nous retrouveront ces gars du nord, qui avouent « en avoir fait des bars à poivrots » avant d’atterrir à l’Huma, sur les scènes découvertes dans les années à venir.

Lorsque je m’aventure de nouveau du côté de la Grande Scène, je m’aperçois que Grand Corps Malade est en fin de set, et visiblement ému d’être parmi nous à la Courneuve. Il cédera la place à un John Butler Trio magistral…Du côté de la Zebrock, ce sont les fiers défendeurs des couleurs françaises à l’Eurovision, les Fatals Picards, qui font concurrence aux springboks avec leur jeu de scène bondissant, malgré une sono défaillante. Après Johnny Clegg, la boucle des ‘good vibes’ du vendredi semble être bouclée!

Samedi 15 septembre

Grosse frayeur le deuxième jour de cette 72ème édition quand je débarque enfin du sauna motorisé. Selon l’horaire initial, j’aurais déjà manqué deux concerts qui me tenaient à coeur. Soupir de soulagement à la lecture de la pancarte artisanale listant les concerts Zebrock de l’après midi. Je ne manquerais finalement pas une miette de la performance « disco pop trash kitsch » du duo Ruby Brune. Vénération de la culture nippone riche de ses manga, sashimi et hara kiri…Brune manie à la perfection et provocation l’arme blanche ainsi que le timbre vitaminé de sa voix.

Monte sur scène ensuite un autre trio masculin chapeauté par la « caractérielle » -tantôt jalouse, tantôt vexée- Mademoiselle K. Les balances, qu’effectue lui-même le groupe, entre reprises et prises de bec, donnent le ton à en confondre le public…mais il faudra attendre encore quelques minutes avant que ne réapparaisse la jeune femme, débarrassée de sa veste à capuche. Souriante et corsetée, Katherine partage ses délires et tribulations de jeunes rockeuses avec l’auditoire et des clins d’oeils complices avec ses compagnons de route.

Ma première incursion de la journée sur la Grande Scène vient saluer le retour de Luke. Les enfants de Saturne sorti récemment dans les bacs ouvre donc une nouvelle période de tournée, et nous permet de réentendre des ‘classiques’ de leur deuxième album vendu à près de 300 000 exemplaires telles que ‘Soledad’ et ‘La tête en arrière’ qui semblent hélas, pâtir de nouveaux arrangements.

Alors que la nuit tombe, la ferveur va crescendo dans l’attente de l’entrée sur scène des Anglais de Razorlight, et des Américains Iggy and the Stooges. Dans des styles distincts, entre l’engagement de Johny Borrell sur ‘America’ et l’assaut scénique orchestré par l’Iguane, les deux formations livreront des prestations aussi émouvantes que déjantées.

Dimanche 16 septembre

Dimanche, fin du weekend oblige, on prévoit la clôture des festivités en soirée. Avant le discours de Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, en milieu d’après-midi, la Grande Scène retrouve sa couleur musicale avec l’éclat des cuivres de l’ Orchestre Symphonique de Radio France. Cette année, honneur à l’Amérique avec, entre autres, des extraits de la comédie musicale West Side Story de Leonard Bernstein. On rend, au préalable, hommage à Toni Ramon, directeur de la Maîtrise de Radio France et mort à 41 ans des suites d’une maladie. Celui-ci avait participé à la préparation du Carmina Burana joué lors de l’édition précédente et installé une seconde classe de Maîtrise de Radio France à Bondy.

Pendant ce temps, le duo Milodon, du nom d’un animal préhistorique originaire de Patagonie (comme le guitariste), lauréats du concours Zebrock 2007, font doucement vibrer la foule au son de leur hard folk, comme ils l’appellent, métissage entre un registre folklorique latino-américain, et une musique électro-accoustique, plus sombre et rapide. Candice, toute de blanc vêtue, rend hommage à ce qu’elle considère être la plus belle fête du monde, au point qu’elle voudrait la voir « durer pour toujours ».

Les tentes plient progressivement bagage, mais le village ne désemplit cependant pas. Avec environ une demi-heure de retard, en raison de l’enthousiasme rhétorique des organisateurs, Renaud prend place pour la dernière date de sa tournée – entamée depuis déjà un certain temps – et l’ultime concert de la Fête. C’est un artiste volontaire, comblé, mais toujours aussi engagé et prêt à dispenser un petit cours de rattrapage en matière de géopolitique qu’accueille la foule. Un public qui suit avec une tendresse non dissimulée le parcours, souvent chaotique, du chanteur au foulard rouge.

Renaud sonne de manière politiquement cohérente le glas de l’édition 2007, et une fois la musique achevée et la régie évaporée, je me retrouve à slalomer entre piles d’ordures sauvages, à esquiver les réflexes mal conditionnés d’ individus en état d’ébriété, somme toute, à errer sur un terrain jamais réellement apprivoisé. En levant la tête, j’admire le paysage qui commence sa douce plongée vers l’ombre, en revêtant des tons dégradés plutôt agrumesques…mais point de fruits rouges!

Retrouvez ce live report dans son milieu naturel (avec pas mal de coquilles) sur Hexalive.

4 pensées sur “Live Report : Fête de l’Humanité 2007

  • novembre 22, 2016 à 5:41
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    Tu as repris un peu d’Hexalive 🙂 Je ne sais plus : c’est sur le Webzine que nous nous étions rencontrés, non ?
    Bravo pour ton site. Des bisous !

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    • novembre 22, 2016 à 10:26
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      Oui ! Nous nous étions rencontrées via Hexalive ! 🙂 Merci Isa ! C’est aussi grâce à tes encouragements toutes ces années que j’ai eu envie de continuer ! C’était marrant de me replonger dans nos live reports partagés…

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      • novembre 23, 2016 à 5:57
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        Tu étais (tu ES) vraiment douée. Il n’y a pas tellement de gens qui écrivent vraiment bien 🙂
        Bon vent à toi pour ce nouveau bébé !

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